La privatophobie
19 08 2008
Le passage à l’entreprise privée de l’ancien ministre de la santé Philippe Couillard crée toute une commotion comme à chaque fois qu’il est question du privé dans l’administration des services publics. On a l’impression d’assister à un choc des civilisations. Le privé est vu comme un vampire assoiffé du sang de l’angélique service public victime du manque de courage ou de la traitrise des politiciens. Dans une lettre ouverte publiée dans la section Forum de La Presse d’aujourd’hui, une lectrice, Marie Bergeron, accuse le Dr. Couillard de « défroquage ». C’est une excellente illustration qu’au Québec la lutte contre le privé et la défense du secteur public à tout prix est devenu une religion.
Cette religion a maintenant un nom, la privatophobie. Elle a sans doute son origine dans les enseignements de la religion catholique qui imprègne notre morale même si nous fréquentons moins les églises qu’autrefois. Ça fait des générations qu’on nous répète que la richesse et le profit sont immoraux. Qu’on le veuille ou non, ça laisse des traces. Un québécois ne peut pas s’enrichir sans qu’on le soupçonne d’avoir fait quelque chose de croche. Sinon, on l’envie et on le critique à la moindre occasion comme s’en est rendu compte Guy Laliberté qui a été obligé de se défendre de vouloir dilapider un morceau du patrimoine québécois en vendant une participation minoritaire dans l’entreprise qui lui appartient légitimement à 100%. On se délecte des malheurs de Vincent Lacroix parce qu’il est la preuve que l’argent pourrit l’âme. Cette religion est en croisade contre l’entreprise privée. Ses croisés, les syndicats et les groupes de défense des droits sociaux de gauche les premiers, utilisent la démagogie du discours socialiste le plus éculé pour la dépeindre comme un suppôt de Satan. Leur objectif est de susciter la méfiance de la population. Pourtant, l’entreprise privée est partout dans nos vies. Elle fabrique les voitures que nous conduisons et les avions que nous prenons en toute sécurité. Elle récolte, embouteille et distribue l’eau de source ou distillée que nous achetons en quantité industrielle parce que nous croyons qu’elle est meilleure que l’eau d’aqueduc traitée par nos services publics municipaux. Elle cultive, élève et conditionne toute la nourriture que nous mangeons sans nous empoisonner. Nous lui confions nos enfants dans des garderies privées ou non-subventionnées. Plus tard, elle s’en occupe encore dans des écoles qui sont parmi les plus performantes du réseau de l’éducation. Elle emploie la grande majorité des travailleurs qui en général sont biens payés, biens traités et ont un travail valorisant, pas plus, pas moins que dans le secteur public. Dans le domaine de la santé, elle fabrique les médicaments qui nous guérissent ou nous maintiennent en vie. Votre médecin de famille, votre dentiste et votre chiropraticien pratiquent dans des cliniques privées. Après cela, qui peut prétendre sérieusement que l’entreprise privée est un danger pour la société?
Je ne suis pas un capitaliste à tout crin qui souhaite l’abolition des services publics au profit de l’entreprise privé. Mais j’en ai assez de ceux qui s’opposent à la participation du privé pour protéger leurs acquis, défendre leurs intérêts corporatistes ou pour des raisons purement idéologiques. Ceux-là pensent d’abord à leurs intérêts plutôt qu’au bien-être de la population. Il faut protéger les services publics dans la mesure où ils sont efficaces et réalisent leur mission à la satisfaction des citoyens. Quand ils n’arrivent pas à le faire, il faut trouver des solutions sans exclure à priori l’intervention du privé. Lorsqu’on en arrive à la conclusion qu’il peut apporter une contribution positive, il faut aller de l’avant avec circonspection sans écouter les prophètes de malheur qui prédisent l’enfer. Ce sont eux les vrais suppôts de Satan!
Publié par : jacqueso à 15:04:28
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